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L'usage d'Internet
par l'islamisme radical en procès devant le Tribunal pénal
fédéral
19/06/2007: Deux accusés, dont la veuve de l'assassin du commandant
Massoud, seront jugés à partir de mercredi prochain pour
avoir créé des sites de propagande extrémiste et
diffusé sur la Toile des images de mises à mort. (Le Temps)
Images de mise à mort d'otages, de massacres de civils, de personnes
défigurées. Messages de haine et modes d'emploi pour amateurs
de bombes en tout genre. L'utilisation du canal d'Internet par l'islamisme
radical sera au centre du procès qui s'ouvre le 20 juin prochain
devant le Tribunal pénal fédéral, à Bellinzone.
Sur le banc des accusés, la veuve de l'assassin du commandant Massoud
et son nouveau compagnon, un Tunisien établi en Suisse.
Activisme sur la Toile
Cet homme, âgé de 39 ans, est principalement poursuivi pour
avoir, entre juin 2004 et mai 2005 alors qu'il était domicilié
à Guin, dans le canton de Fribourg, créé successivement
quatre sites et forums de discussions destinés à la propagande
extrémiste et à l'échange d'informations par des
groupes terroristes.
La femme, 48 ans, de nationalité belge, est accusée d'avoir
conseillé, encouragé et inspiré le premier dans ses
activités sur la Toile. Elle se voit également reprocher
d'avoir administré son propre site qui servait à la diffusion
de son livre Les soldats de lumière, écrit en sa qualité
de veuve d'Abdessater Dahmane, l'un des deux protagonistes ayant participé
à l'opération-suicide contre le commandant afghan le 9 septembre
2001.
Soutien au crime organisé
Le procureur général suppléant Claude Nicati estime
que la mise à disposition de ces forums ? où plusieurs personnes
se réclamant de groupes terroristes connus (Armée islamique
d'Irak et autres nébuleuses liées à Al-Qaida) ont
échangé des messages conspiratifs, prôné la
cause djihadiste et revendiqué des attentats? relève du
soutien à une organisation criminelle. «L'accusé principal
a ainsi fourni un outil de communication rapide, discret et efficace à
des individus et organisations dont il connaissait les visées,
même s'il ne pouvait être au courant des actions spécifiques
de chaque groupe», précise l'acte d'accusation.
Le couple, leur mariage religieux n'est pas reconnu en Suisse, est aussi
poursuivi pour provocation au crime ou à la violence. Le Tunisien
aurait ainsi proposé par le biais de ces forums que les deux journalistes
français détenus en otage, Christian Chesnot et Georges
Malbrunot, soient échangés contre une rançon, exécutés
ou graciés. Elle, intervenant sous le pseudonyme d'Oum Obeyda,
aurait conseillé à un autre d'aller «guerroyer en
Irak».
Exécutions et mutilations
De nombreuses images et séquences ont été conservées
sur l'ordinateur et les supports informatiques appartenant à l'accusé.
Celles-ci? le procureur Nicati en a dénombré 52? montrent
l'exécution d'un chauffeur égyptien, le massacre d'occupants
civils d'un bus en Irak, des personnes défigurées «pour
qu'on ne voie pas leur sourire lorsqu'elles arriveront au paradis»,
la décapitation d'un otage coréen, l'égorgement d'un
agent américain, la profanation de cadavres et autres mises à
mort. Cette macabre collection devrait leur valoir une condamnation pour
représentation de la violence, retient Claude Nicati.
Le Ministère public de la Confédération a demandé
la présentation d'extraits choisis des vidéos lors du procès
tout en précisant que ces images pourraient heurter la sensibilité
des personnes présentes dans la salle d'audience. Ce sera au président
de la Cour, le juge genevois Bernard Bertossa, de décider si ce
visionnement est vraiment nécessaire à la compréhension
de cette affaire.
Les deux accusés ont retrouvé leur liberté après
avoir passé 23 jours, pour lui, et dix jours, pour elle, en détention
préventive. C'était à la fin février 2005.
La femme, interdite de séjour en Suisse, est depuis lors retournée
en Belgique. Un sauf-conduit lui a été octroyé afin
qu'elle puisse assister à son procès. Son avocate, Me Anne
Girardet, se refuse encore à préciser si celle-ci, alias
Oum Obeyda, compte faire le déplacement.
Intention contestée
Lors de l'enquête, les deux prévenus ont contesté
avoir su ou voulu tout ce qui se montrait et se disait sur ces sites.
Islamistes convaincus, ils se prétendent favorables à la
résistance aux oppresseurs mais opposés aux massacres d'innocents.
Oum Obeyda, qui affirme ne pas parler un traître mot d'arabe, continue
d'exprimer ses convictions via un nouveau site inauguré en 2006
et de dire tout le mal quelle pense du Ministère public de la Confédération
et des manières de la police judiciaire fédérale.
Second dossier sensible
Il s'agit du second dossier lié au terrorisme qui est porté
devant le Tribunal pénal fédéral. La première
affaire, plus connue sous le nom de «Saoud», s'était
achevée le 28 février dernier par un acquittement général
sur tout ce qui touchait à l'organisation criminelle. C'est dire
l'enjeu de ce nouveau procès pour le procureur Nicati. Peut-être
que l'accusation aura cette fois plus d'éléments pour espérer
convaincre.
Par: Fati Mansour
18 juin 2007
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