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16.04.2008 Le gaz iranien acheté par EGL n’arrivera pas en Suisse Les professionnels du secteur gazier en Suisse ont de bonnes raisons de faire la moue lorsqu'il est question de la signature du contrat entre EGL et National Iranian Gas Export Company (Nigec), patronnée par Micheline Calmy-Rey à Téhéran. Et pour cause. La ministre des Affaires étrangères a certes justifié son voyage, en affirmant, mardi dans les colonnes du Temps: «La Suisse aussi a le droit de défendre ses intérêts stratégiques. [...] Chaque Etat a intérêt à diversifier ses sources d'approvisionnement et ses fournisseurs.» Et d'insister: «Le but des Affaires étrangères est en fin de compte d'assurer la sécurité et le bien-être des Suisses. [...] Les atouts de la diplomatie suisse mis au service des intérêts énergétiques du pays ont permis la signature du contrat.» Or, confirment les spécialistes, le gaz iranien n'est pas destiné au marché suisse... «L'Association suisse de l'industrie gazière, dont la vocation est de promouvoir le gaz naturel en Suisse, n'est absolument pas concernée par ce contrat, affirme son porte-parole, Olivier Matile. Et le consommateur suisse ne verra pas une molécule du gaz iranien.» Il est en effet peu vraisemblable qu'EGL revende le gaz provenant du golfe Persique à des intermédiaires ou à des entreprises helvétiques. Pour des raisons à la fois de marché et d'infrastructure. Pour rappel, le contrat signé par la société de trading zurichoise EGL, propriété de l'électricien Axpo, porte sur vingt-cinq ans. Il prévoit, dès 2012, la livraison, par Nigec, de 5,5 milliards de mètres cubes de gaz par an. A noter que, dès 2009, la Nigec procédera à de «petites livraisons ponctuelles», ainsi que le dit Lilly Frei, porte-parole d'EGL, en fonction de l'offre iranienne et de la demande des clients d'EGL. Entre 2009 et 2012, ces clients se situeront exclusivement «dans le Sud-Ouest européen», confirme-t-on chez EGL. A partir de 2012, au moins 80% seront destinés au marché italien, où EGL exploite d'ores et déjà une centrale thermique à gaz et planifie la construction de trois centrales supplémentaires. EGL se positionne ainsi de façon optimale sur le marché transalpin. Un marché sur lequel le gazier Eni dispose d'un quasi-monopole, que l'Union européenne est résolue à combattre. Il convient d'ailleurs de relever qu'Eni, allié au géant russe Gazprom, était un concurrent d'EGL pour le contrat iranien. Ce qu'EGL ne parviendra pas à vendre en Italie devrait être destiné à d'autres marchés méditerranéens, a priori aux pays situés le long du futur gazoduc TAP (Trans-Adriatic Pipeline). La Suisse n'en bénéficiera-t-elle donc pas du tout? «Il se peut que nous ayons des clients suisses. Tout dépend de la demande», indique Lilly Frei. Dans les faits, il est peu vraisemblable que des acheteurs helvétiques se pressent au portillon. Pour des raisons de marché tout d'abord. Une poignée de centrales à gaz pourraient voir le jour en Suisse, afin d'assurer l'approvisionnement en électricité. Mais la société Axpo, propriétaire d'EGL, a annoncé l'été dernier qu'elle renonçait à cette option. Pour l'heure, les projets concrets, à Chavalon (VS) et à Cornaux (NE), sont conduits par EOS et le Groupe E. Ces concurrents d'Axpo voudront sans doute éviter de s'approvisionner via EGL. Des considérations infrastructurelles entrent également en ligne de compte. Le gazoduc qui traverse la Suisse relie la mer du Nord à l'Italie. Et le flux gazier se fait précisément dans ce sens. Inverser ce flux est, d'un point de vue purement technique, envisageable. Néanmoins, ce «pipeline» est d'ores et déjà surexploité en direction de l'Italie, pays sur lequel pèse la menace d'une pénurie d'électricité autrement plus sérieuse que celle que la Suisse tente d'anticiper à l'horizon 2015-2020. Selon un spécialiste, la Suisse est appelée à diversifier ses fournisseurs. Et les milieux économiques veulent à tout prix éviter de tomber dans la dépendance de la Russie, qui couvre aujourd'hui 15 à 20% des besoins helvétiques. Il est cependant plus vraisemblable que la Suisse s'approvisionne en Azerbaïdjan. Une déclaration d'intention a d'ailleurs été signée avec cet autre petit pays neutre. En outre, soulignent les professionnels du secteur, des discussions s'imposent surtout avec les pays voisins, afin de développer les réseaux d'acheminement. Pour l'heure, conviennent-ils, la Suisse dispose d'une situation extrêmement stratégique, au cœur du réseau européen et «en amont» de l'Italie. Elle ne consomme que le sixième du gaz qui passe par le pays, et sa consommation n'équivaut qu'à 0,7% de la consommation européenne. Donc, tant que l'Europe - et notamment les voisins situés au nord et à l'ouest - parvient à s'approvisionner, la Suisse sera servie. A cette lumière, le contrat iranien joue, très indirectement, un rôle. Mais de là à clamer, comme l'a fait EGL dans un premier temps, qu'il en allait de l'avenir de la Suisse... De là à insinuer, comme le fait Micheline Calmy-Rey, que la signature de ce contrat permettra «d'assurer le bien-être et la sécurité des Suisses...» Source: Ron
Hochuli et Pierre Veya, Le Temps - mercredi 16 avril 2008
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