La conférence des Nations-Unis sur le racisme, ou
Durban II, est un test majeur pour les ambitions multilatéralistes
du Président Barack Obama. Durban I a été
ce festival de haine antisémite qui s’est terminé
trois jours avant le 11 septembre 2001. Durban II, l’équivalent
onusien du «temps de la revanche», se tiendra
à Genève en avril. La Ministre israélienne
des Affaires étrangères, Tzipi Livni, a invité
Obama à s’abstenir d’y participer pour
ne pas légitimer cette conférence et son message.
Le Canada a décidé de ne pas y participer.
Mais le nouveau Président américain n’a
pas encore décidé si les États-Unis
y participeront. Les enjeux de la conférence sont
toutefois considérablement plus élevés
depuis la divulgation ce mercredi du projet de déclaration
finale.
Les propositions suivantes y ont été intégrées:
(1) une patrie pour le peuple juif est une forme de racisme,
soit une «loi sur le retour fondée sur la race»,
(2) Israël est coupable «d’apartheid»,
et (3) le fait que la Shoah ait coûté la vie
au tiers de la population juive est une vérité
contestable. La référence aux faits entourant
la Shoah a été mise [entre crochets] parce
que la Syrie et l’Iran ont remis en question le nombre
de victimes juives alors que le consensus est la norme qui
guide le processus décisionnel.
Au total, six dispositions cherchent à diaboliser
Israël en le qualifiant d’«État
raciste». Aucun des 191 autres pays membres de l’ONU
n’est mentionné. L’objectif est évident:
la défaite politique d’Israël dans la
même veine que le régime d’apartheid
d’Afrique du Sud, vu l’échec des tentatives
répétées de vaincre Israël militairement.
Mais Israël n’est pas la seule cible des pays
arabo-musulmans et de leurs alliés du tiers monde.
Le projet de déclaration s’attaque directement
à la liberté d’expression et à
la lutte contre le terrorisme. La liberté d’expression
devrait être limitée par de nouvelles lois
qui interdisent les «représentations négatives,
injurieuses ou dégradantes des religions et des personnalités
religieuses» et les médias devraient se doter
d’un «code d’éthique» à
cet égard. Les efforts contre le terrorisme sont
décrits comme «des obstacles dans le combat
universel contre le racisme.»
L’ordre du jour identifie comme priorité la
création d’une hiérarchie des victimes
de violations des droits humains, les «minorités
musulmanes» étant placées au-dessus
de toutes les autres. L’ordre du jour décrit
«la validation intellectuelle et idéologique
de l’islamophobie» comme un phénomène
«extrêmement troublant». L’«anti-arabisme»
devient une forme d’intolérance envers une
minorité religieuse. Les religions, plutôt
que les individus, peuvent être diffamées.
Le texte appelle à la préservation des «identités
religieuses et culturelles» sans référence
aux droits et libertés universels. Une condamnation
générale de «toute promotion de la haine
raciale ou religieuse qui incite à la discrimination,
à l’hostilité ou à la violence»
est assortie du refus d’exiger une décision
préalable par un tribunal compétent, indépendant
et impartial aux termes d’un procès équitable
et public.
En d’autres mots, Durban II n’est rien d’autre
qu’une attaque frontale contre les droits et libertés
universels par des fondamentalistes religieux.
Les membres de l’Union Européenne ont toujours
participé aux travaux de Durban depuis 2001, approuvant
ainsi la conférence et son ordre du jour. Bien que
certains pays de l’UE se soient vigoureusement objectés
aux propositions outrancières, ils ne sont pas parvenus
à prévaloir. Comme les véritables démocraties
sont une minorité à l’ONU et que l’Organisation
de la conférence islamique domine le monde en développement,
elles n’ont aucune chance de l’emporter par
la seule force du nombre. C’est la raison pour laquelle
les diplomates occidentaux insistent sur la règle
du consensus.
La règle du consensus fait en sorte que les radicaux
contrôlent le processus. Le résultat est que
l’Iran, qui assume la vice présidence du comité
préparatoire de Durban II, a fait valoir ses priorités
en matière de «droits humains» plus que
n’importe quel autre État au cours de la séance
de négociation tenue la semaine dernière.
Le président du comité préparatoire
n’a pas arrêté de demander à l’Iran
s’il était d’accord avec les propositions
avancées, ou de suggérer à l’UE
de s’entendre avec l’Iran. Lorsque la séance
a pris fin vendredi, l’Iran a été le
premier pays à exprimer sa satisfaction à
l’égard des travaux préparatoires à
la conférence d’avril. Bien que le président
de l’Iran appelle ouvertement à un génocide
et nie la Shoah, son représentant a dit: «Nous
espérons continuer notre travail dans le même
esprit. Merci monsieur le Président.»
Il est très important que la nouvelle administration
Obama prenne conscience qu’il ne s’agit pas
d’une conférence susceptible de faire triompher
les États et les valeurs démocratiques. La
réalité multilatérale fait en sorte
qu’en l’absence d’une majorité
des voix, l’UE acquiescera à la déclaration
finale sans égard aux compromis exigés pour
en arriver à un consensus. Le premier agneau sacrifié
sera «Israël raciste», tout comme l’UE
l’a permis à Durban I. En fait, la première
conférence de Durban, que les États-Unis et
Israël ont quittée, est un bon indicateur de
la stratégie de l’UE à l’ONU:
l’UE n’est pas prête à quitter
la conférence. Ce scénario est évidemment
bien connu de la mouvance anti-droits humains. Par conséquent,
ces derniers tiennent bon jusqu’à la toute
fin de la conférence, et ils lancent alors une carotte
à l’UE en guise de «compromis»
pour ensuite les regarder tenir des conférences de
presse pour leur auditoire local où ils feignent
le succès de la conférence.
En somme, Durban II sera une mise à l’épreuve
majeure des prouesses multilatérales de Obama. S’il
décide d’y participer, il légitimera
une parodie des droits humains. Les valeurs et les intérêts
américains seront marginalisés tandis que
les Européens s’accrocheront au devant de la
scène en négociant avec les extrémistes
anti-droits humains. En bout de piste, Obama devra soit
abandonner les victimes des violations des droits humains,
y compris les Juifs, soit quitter la conférence et
désavouer le «consensus», ce qui aura
pour effet de le marginaliser en ce début de son
administration.
La solution évidente consiste à maintenir
le statu quo des derniers sept ans et demi, soit la non
participation des États-Unis au forum de Durban,
tout en travaillant d’arrache-pied à l’élaboration
d’une plate-forme plus propice à une mobilisation
multilatérale. Il y a là une opportunité,
si elle est habilement saisie, d’encourager un multilatéralisme
qui promeut les droits et libertés universels plutôt
que de les saper.
Anne Bayefsky est professeur au Touro College de New York
et Senior Fellow du Hudson Institute
Sources:
- texte original: Anne
Bayefsky, Daily News - vendredi 30 janvier 2009
- traduction: Annie
Lessard, Marc Lebuis, Point de Bascule - mardi 3 février
2009