
Joseph Deiss membre
d'une Fondation présidée par Mohammed Khatami
L'ancien conseiller fédéral Joseph Deiss a rejoint
récemment le conseil exécutif de la Fondation
pour le dialogue des civilisations, présidée par
l'ancien président iranien Mohammed Khatami. Cette institution
a été lancée en 2007 et est basée
à Genève.
Le site internet de la fondation confirme la présence
de M. Deiss au conseil. La Suissesse Diane François,
avocate internationale, deux anciens ambassadeurs iraniens et
la parlementaire britannique Emma Nicholson, membre de la chambre
des Lords, figurent aussi au sein du conseil de la fondation.
M. Khatami, président iranien entre 1997 et 2005, a
participé cette semaine à un débat de l'Open
Forum à Davos, en marge du Forum économique mondial
(WEF). Il a lancé un appel à la tolérance
et contre les extrémismes.
Sa fondation est active pour la résolution pacifique
des conflits, la réconciliation entre les cultures, les
pays ou encore les religions, le dialogue avec les musulmans
et le débat sur la paix dans le monde.
Selon le Matin dimanche, l'ancien conseiller fédéral
démocrate-chrétien (1999-2006) a laissé
de lui une image tellement lisse que sa présence au sein
de la Fondation pour le dialogue des civilisations, ne manque
pas de surprendre. Que vient faire le si neutre Joseph Deiss
avec des gens supposés vouloir se doter de l'arme nucléaire?
«Je connais Khatami. Je l'ai reçu à Berne
quand je présidais la Confédération. Il
était important que cette Fondation choisisse d'installer
son siège en Suisse», répond Joseph Deiss.
L'ancien conseiller fédéral reconnaît qu'il
a bien pesé le pour et le contre avant d'accepter de
devenir «Board member» de la Fondation pour le dialogue
des civilisations, créée le 14 février
2007 à Genève. En effet, depuis la révolution
de 1979, l'Iran souffre d'une réputation plutôt
sulfureuse, aggravée par les diatribes haineuses de l'actuel
président Mahmoud Ahmadinejad.
Réputation de réformateur
«Il ne faut pas tout mélanger. Khatami ne partage
pas forcément la politique suivie par Téhéran»,
ajoute l'ancien ministre suisse des Affaires étrangères.
Président de la République d'Iran à deux
reprises, Seyed Mohammad Khatami, 64 ans, s'est forgé,
certes, une réputation de réformateur, mais souvent
incapable d'appliquer ses réformes. Ses détracteurs
soulignent que ce «mollah souriant» s'est contenté
d'améliorer «l'image du régime iranien dans
le monde», mais sans rien changer dans le fond.
L'homme, fort séduisant, était cette semaine
à Davos. Il a participé à un débat
avec Ulrich Schlüer, l'inspirateur de l'initiative contre
les minarets, sur le retour du religieux. Invitation judicieuse:
la Fondation pour le dialogue des civilisations souhaite justement
«favoriser l'instauration d'un dialogue permanent entre
les peuples», «favoriser le rapprochement des diverses
religions», et «enrichir le débat sur la
paix dans le monde».
La Fondation compte parmi ses responsables Mohammad Reza Alborzi,
l'ancien ambassadeur d'Iran à Genève, et Seyed
Mohammad Sadegh Kharrazi, ancien ambassadeur de Téhéran
aux Nations Unies et à Paris. Deux hommes forts compétents,
dont les experts louent leurs expertises sur le dossier nucléaire
iranien.
Qu'en pense Micheline Calmy-Rey?
Que pense Micheline Calmy-Rey de l'initiative de son prédécesseur
au Département fédéral des affaires étrangères
(DFAE)? Selon la porte-parole Carine Carey, le DFAE «salue
l'intention générale de la Fondation, avec laquelle
elle est en contact».
Toutefois, le ministère fait preuve d'une prudence très
helvétique, ajoutant qu'une prise de position du DFAE,
«quant au programme et aux actions précises de
la Fondation, est prématurée au vu de leur mise
sur pied en cours».
Il est vrai que sur le délicat dossier iranien, tout
le monde marche sur des oeufs. Depuis le début 2006,
Téhéran manifeste un vif intérêt
pour le rôle de médiateur de Berne dans la crise
nucléaire.
La Confédération n'est pas membre de l'UE et
de l'OTAN. Elle n'a pas d'intérêts dans l'industrie
nucléaire etdans l'armement, contrairement à la
France et aux Etats-Unis.
La position modérée de Micheline Calmy-Rey a
été renforcée récemment avec la
publication d'un rapport des seize principales agences d'espionnage
américaines estimant que l'Iran a «interrompu son
programme d'armement nucléaire à l'automne 2003».
Sources : Le
Matin - dimanche 27 janvier 2008, La
Liberté - lundi 28 janvier 2008
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