Les ministres de l'Intérieur de la zone Méditerranée
ont demandé l'instauration d'un fonds spécial
de soutien aux pays confrontés à une immigration
massive.
De 200.000 à 300.000 réfugiés:
c'est l'invasion en provenance de Libye et d'Afrique
du Nord que redoutent les Italiens. Cette estimation
catastrophique avancée par le secrétaire
général de la Ligue arabe a été
reprise mercredi par les autorités italiennes.
«C'est une estimation empirique», explique
le ministre de la Défense, Ignazio La Russa.
Pour son collègue des Affaires étrangères,
Franco Frattini, le risque d'un «exode biblique»
est réel: «Dix fois plus que les Albanais
en 1991», à la chute du régime communiste.
Aux Libyens, pro ou anti-Kadhafi qui chercheraient
à quitter leur pays s'ajouterait une partie des
«2 millions et demi d'étrangers»,
des Africains pour la plupart, candidats à l'émigration
vers l'Europe, dont beaucoup sont parqués en
Libye dans des camps de rétention. «Nous
demanderons avec force à l'UE d'assumer ses responsabilités
dans la gestion des flux migratoires. Nous ne pouvons
accepter que l'Europe du Sud soit laissée seule
face à un phénomène de cette ampleur»,
a jugé Frattini, mercredi matin au Parlement.
Lors d'une réunion d'urgence dans l'après-midi
à Rome, avant un Conseil des ministres de l'Europe
jeudi à Bruxelles, les ministres de l'Intérieur
de la zone Méditerranée (Italie, France,
Espagne, Grèce, Chypre et Malte) ont lancé
un appel à la solidarité européenne.
Ils demandent l'instauration d'un fonds spécial
de soutien aux pays confrontés à une immigration
massive et la création d'un groupe de travail
permanent pour «prendre toute mesure urgente que
la situation imposerait». «L'Europe doit
être présente sur toutes ses frontières.
Aucun pays ne peut être laissé seul»,
ont-ils dit. Au nombre des mesures envisagées
figure un accord pour partager le fardeau entre les
27 pays de l'UE, sans s'abriter derrière le principe
de Shengen, en vertu duquel tout immigrant clandestin
doit rester dans le pays d'arrivée.
Le débarquement de 6100 Tunisiens à Lampedusa
depuis la fin janvier a servi de signal d'alarme. Depuis
la ratification en mars 2009 du traité d'amitié
et de coopération entre l'Italie et la Libye,
Tripoli avait jugulé les départs de clandestins.
De 20.655 en 2008, les arrivées à Lampedusa,
l'avant-poste de l'Europe pour les candidats à
l'immigration, sont tombées à 403 l'an
passé. Mais jeudi, les structures prévues
pour coordonner les politiques d'immigration ont cessé
de fonctionner. Les vedettes libyennes affectées
à la surveillance des côtes restent
au port et les 20 militaires italiens de la garde des
Finances embarqués à leur bord ont été
affectés à la sécurité de
l'ambassade à Tripoli.
Dans un avertissement à la présidence
hongroise de l'UE, Mutassim Kadhafi, l'un des fils du
raïs, chargé de la sécurité
nationale, menaçait le 20 février de submerger
l'Europe d'une vague migratoire sans précédent
si «les Européens ne cessaient immédiatement
de soutenir les révoltés». Dans
la foulée, le ton s'est durci entre Rome et Bruxelles,
le patron de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, menaçant
«d'envoyer en France ou en Allemagne» les
nouveaux arrivants.
Source: Le
Figaro, 23.02.2011,