MEMRI Middle
East Media Research Institute
Enquête et analyse n° 620
Vers une victoire des talibans
en Afghanistan
Par Tufail Ahmad et Y. Carmon*
I. Retrait des États-Unis – émergence
du chaos et prise de contrôle par les talibans
Avec le début du retrait des troupes américaines
d´Afghanistan en juillet 2011, le fragile État
afghan dirigé par Hamid Karzaï semble voué
à une prise de contrôle des talibans.
Les Etats qui auront une influence sur la situation
en Afghanistan sont : le Pakistan, les États-Unis,
et dans une moindre mesure, l´Inde et l´Iran.
Une lutte de pouvoir interne et régionale en
résultera. En fait, les puissances régionales
ont déjà entrepris de se positionner en
prévision du retrait des Etats-Unis. Récemment,
l´Inde s´est tournée vers l´Iran
dans le but d´établir une position commune
sur l´Afghanistan. Et alors que les Etats-Unis
souhaitent un retour de la présence russe en
Afghanistan [1], l´ambassadeur de Russie à
New Delhi s´élève contre le "retrait
hâtif" des Etats-Unis´´ car celui-ci
pourrait ouvrir les portes de "l´enfer´´.
[2]
La nouvelle situation en Afghanistan sera principalement
caractérisée par le désordre :
le gouvernement fédéral ne sera en mesure
de gouverner qu´à Kaboul et dans quelques
autres villes ; de vastes régions tomberont sous
le contrôle des talibans, et divers dirigeants
afghans manœuvreront pour combler le vide au pouvoir,
cherchant à se positionner en successeurs de
M. Karzaï, qui ne pourra pas briguer un nouveau
mandat. Une instabilité qui rappelle la situation
consécutive au retrait soviétique d´Afghanistan.
II. La survie de Karzaï - à court
terme seulement
Avec le vide que générera le retrait
des forces américaines, Hamid Karzaï ne
pourra demeurer au pou voir que peu de temps. A la direction
d´un État fragile, Karzaï deviendra
la cible des talibans et des autres partis d´opposition.
Les chances qu´à Karzaï de survivre
à cette phase chaotique, et sa sortie de scène,
seront largement déterminées par les négociations
de paix secrètes, parrainées par les Etats-Unis,
entre le gouvernement Karzaï et les talibans. Les
activistes contrôlent déjà de vastes
zones en Afghanistan et sont soutenus par l´ISI
(Inter-Service Intelligence) au Pakistan, la force la
plus puissante de la région
La politique afghane du gouvernement Obama a connu
trois phases : a) pendant les premiers mois du mandat
du président américain Barack Obama, les
pourparlers de paix avec les talibans ont été
encouragés ; b) par la suite, les responsables
se sont opposés à ce que Karzaï demeure
au pouvoir et à toute négociation de paix,
tant que les talibans n&a cute;auraient pas été
militairement vaincus ; c) finalement, ils ont contraint
Karzaï à adhérer à ces forces
hostiles et à coopérer avec le Pakistan,
affaiblissant ainsi Karzaï. Malgré les critiques
des Etats-Unis relatives à la corruption de Karzaï,
les chances de survie de Karzaï dans une phase
de transition seront dans une large mesure déterminées
par les aspects suivants :
a) Le soutien des alliés afghans
Karzaï est soutenu par presque tous les anciens
chefs de guerre et chefs moudjahidin ayant combattu
contre les Soviétiques dans les années
1980, dont Burhanuddin Rabbani, Abd Al-Rab Rasul Sayyaf
et Abdul Rashid Dostom. Un leader moudjahidine clé
qui ne le soutient pas, Gulbuddin Hekmatyar du Hizb-e-Islami,
participe aussi aux négociations de paix.
b) Le soutien des Etats-Unis et des forces
de l´OTAN
Le régime Karzaï profitera de la présence
des troupes américaines qui demeureront peut-être
en Afghanistan sous une autre forme. Les États-Unis
et les pays de l´OTAN n´ont d´autre
choix que d´oeuvrer avec Karzaï pendant cette
période de transition – en adhérant
au processus démocratique en Afghanistan.
c) Le soutien des institutions d´Etat
en développement
Les institutions d´Etat en Afghanistan telles
que l´armée, la police et la justice, quoique
faibles dans leurs premières années, renforceront
la position de Karzaï de manière significative.
Depuis près d´un demi-siècle, les
élections sont devenues des plaques tournantes,
laissant des traces irréversibles sur la vie
de la nation. Bien que les élections présidentielles
afghanes du 20 août 2009 aient été
entachées par la corruption, les élections
sont actuellement le seul processus démocratique
mandaté par l´ONU en Afghanistan qui apporte
sa légitimité au gouvernement. Les élections
législatives du 18 septembre élargiront
indirectement la base politique grâce à
laquelle Karzaï pourra encore survivre quelques
années.
d) Le soutien des alliés régionaux
Karzaï recevra l´appui d´alliés
régionaux tels que l´Inde (en raison de
son opposition aux talibans et au Pakistan) et aussi
l´Iran (en raison de son opposition aux talibans
anti-chiites et à l´Etat sunnite du Pakistan).
Bien que certains rapports fasse état du soutien
de l´Iran à une partie des talibans, le
fait est que l´Inde et l´Iran ont intérêt
à l& acute;instauration d´un Afghanistan
indépendant. Ils préfèrent Karzaï
pour l´heure, ou tout autre leader afghan fermement
anti-taliban, comme l´ancien chef des renseignement
Saleh Amrullah, à la prise de contrôle
de Kaboul par des talibans djihadistes sunnites. Marginalisé
par l´administration Obama, Karzaï a lui
aussi cherché à se rapprocher de l´Iran
dernièrement.
e) Un facteur inattendu
Un facteur tout à fait inattendu pourrait aider
le régime Karzaï à demeurer au pouvoir.
En effet, après le retrait des États-Unis,
les talibans vont s´imposer comme la force la
plus puissante en Afghanistan et certains groupes pourraient
tenter de marcher vers Islamabad pour s´emparer
du pouvoir. Cette possibilité est presque devenue
réalité en 2009, lorsque les talibans
ont imposé la charia dans le district de Swat,
au Pakistan, traversant en outre les districts avoisinants
sur la route d´Islamabad. Une tentative des talibans
de se déplacer de l´Afghanistan vers le
Pakistan pourrait contraindre les États-Unis
à rester sur place en Afghanistan et à
soutenir le gouvernement Karzaï.
III. La machine ISI-talibans et la menace pesant
sur Karzaï
Karzaï a subi des pressions du gouvernement Obama
pour coopérer avec le Pakistan dans le but de
trouver rapidement une solution au problème afghan.
De telles pressions de la part des États-Unis
sont la conséquence directe de l´offensive
diplomatique de l´establishment pakistanais visant
à convaincre les responsables du gouvernement
Obama d´accepter l´idée que la paix
serait impossible en Afghanistan sans la coopération
du Pakistan. L´administration Obama s´est
inspirée du point de vue de l´Inter-Services
Intelligence´s (ISI) sur l´Afghanistan,
en particulier en ce qui concerne le rôle de l´Inde
dans le pays, ignorant que le cœur du problème
n´est autre que soutien de l´ISI aux activistes.
Sous la pression de l´administration Obama lors
de sa visite de mai 2010 à Washington, Karzaï
a accepté de coopérer avec le Pakistan.
Toutefois, dans le cadre d´un débat au
US Institute of Peace, Karzaï a souligné
que la plupart des chefs talibans se trouvaient au Pakistan.
[3] Son opinion selon laquelle les talibans sont contrôlés
par l´ISI est connue internationalement. Contraint
de coopérer avec le Pakistan sous la pression
des États-Unis, Karzaï se trouve confronté
à la politi que à double tranchant de
l´ISI qui, tout en jouant les médiateurs
dans les pourparlers avec les talibans, encourage aussi
les talibans à combattre. Il en résulte
une forte influence des talibans dans toutes les provinces
d´Afghanistan.
Karzaï a toujours favorisé la réinsertion
des activistes talibans de la base à la société
afghane, contrairement au Pakistan qui privilégie
la réconciliation avec les hauts responsables
talibans. Sous la pression des États-Unis, Karzaï
a été contraint d´attribuer un rôle
important à l´ISI. Le principe du processus
de réconciliation parrainé par l´ISI,
c´est que certains dirigeants talibans définis
par l´ISI intégreront le pouvoir à
Kaboul dans le cadre d´une structure qui finira
par remplacer Karzaï. Tant que le mollah Omar,
l´émir de l´Emirat islamique d´Afghanistan,
aura des chances de revenir au pouvoir, Karzaï
sera menacé . La coopération de l´ISI
avec Karzaï est transitoire et tactique de nature.
Il convient de garder à l´esprit que c´est
l´ISI, et non pas le gouvernement civil élu
d´Islamabad, qui dicte la politique étrangère
du Pakistan.
IV. L´influence du Pakistan
Avec le départ des troupes américaines,
le Pakistan verra son influence grandir en Afghanistan.
Dans les années 1980, l´ISI, en collaboration
avec la CIA, a établi une forte présence
en Afghanistan, considérée par le Pakistan
comme une arrière-cour stratégique. Après
le retrait soviétique de 1989, plusieurs chefs
de guerre afghans et de chefs moudjahidin se sont trouvés
dans l´incapacité de former un gouver nement
stable à Kaboul. Dans le milieu des années
1990, l´ISI a soutenu les talibans pour qu´ils
rétablissent l´ordre et placent l´Afghanistan
sous contrôle pakistanais. Aujourd´hui encore,
les talibans sont contrôlés par l´ISI.
La politique actuelle du Pakistan est le retour de force
des talibans et la relance de la politique de profondeur
stratégique en Afghanistan.
Le Pakistan a du revenir sur sa reconnaissance diplomatique
du régime des talibans après l´invasion
américaine de l´Afghanistan en 2001. Il
gardait toutefois espoir que les talibans reviendraient
au pouvoir à Kaboul. Le Pakistan redoutait que
lorsque les États-Unis quitteraient l´Afghanistan,
en l´absence de règlement politique satisfaisant,
il pourrait ne pas être en mesure de garantir
ses intérêts dans le pays. Le Pakistan
craint qu&acut e;un Afghanistan indépendant
n´aborde la question de la démarcation
de la frontière pakistano-afghane, que Kaboul
ne reconnaît pas. Il redoute en outre que l´Afghanistan
ne soulève la question des déplacements
continus des talibans et des activistes d´Al-Qaïda
de part et d´autre de la frontière.
La politique afghane du Pakistan et tous les engagements
pris avec Karzaï sont coordonnées exclusivement
par le duo de choc que constituent le général
en chef Ashfaq Parvez Kayani de l´armée
pakistanaise et le lieutenant général
Ahmed Shuja Pasha, qui succède au général
Kayani à la direction de l´ISI. Le souhait
de longue date du Pakistan d´assister au retour
des talibans à Kaboul semble proche de se réaliser.
Alors même que le président afghan tente
d´établir une relation avec l´ISI,
il est peu probable que les militaires pakista nais
acceptent un Afghanistan indépendant et cessent
de considérer l´Afghanistan comme la profondeur
stratégique du Pakistan, en d´autres termes
comme un Etat client. Ces dernières années,
les dirigeants pakistanais se sont efforcés de
rassurer les instances internationales, affirmant avoir
renoncé à cette perception des choses.
Toutefois, le Pakistan poursuit sa politique de profondeur
stratégique, l´ISI estimant que l´Afghanistan
ne devrait pas tomber sous influence indienne. L´ISI
ne tolérera pas un leader comme Karzaï à
long terme, compte tenu en particulier de ses liens
étroits avec l´Inde, et aussi avec l´Iran
ces derniers temps.
Par conséquent, on peut s´attendre à
ce que la machine ISI-talibans agisse contre Hamid Karzaï
dès que les dirigeants afghans pro-pakistanais
auront leur mot à dire au sein des organes du
pouvoir de Kaboul. Il est à craindre en outre
que la stabilité du nouvel État afghan
ne soit d´emblée compromise et la vie de
Karzaï mise en danger. La politique de l´armée
pakistanaise pour faire revenir les talibans a réussi.
Avec la politique américaine visant à
contraindre Karzaï de collaborer avec le Pakistan,
le chemin des talibans parrainés par l´ISI
vers la prise de Kaboul est tout tracé. Quand
les États-Unis se seront retirés d´Afghanistan,
la voie sera libre pour le Pakistan à Kaboul.
V. Les États-Unis se tournent vers le
Pakistan - et l´Inde vers l´Iran
Ces dernières années, l´Inde est
devenue un allié important des États-Unis.
Les deux pays ont des objectifs communs en Afghanistan.
L´Inde a versé des centaines de millions
de dollars dans des projets de reconstruction en Afghanistan.
En novembre 2009, l´Inde a cessé de soutenir
l´Iran au niveau international, votant comme les
États-Unis à l´Agence internationale
de l´énergie atomique (AIEA) pour que le
programme nucléaire iranien soit renvoyé
au Conseil de sécurité des Nations unies.
Toutefois, face à un gouvernement Obama qui
s´appuie sur l´armée pakistanaise
pour négocier la paix en Afghanistan, l´Inde
se sent écartée des États-Unis,
notamment au vu de la politique visant à affaiblir
Karzaï. Contraint de collaborer avec le Pakistan,
Karzaï se sent également écarté
des l´Etats-Unis, et cherche des ouvertures du
côté iranien. L´Inde a également
manifesté sa désapprobation face aux négociations
de paix entre Karzaï et les talibans par la médiation
de l´ISI. L´Inde redoute qu´avec l´arrivée
au pouvoir des t alibans à Kaboul, les talibans
pakistanais s´enhardissent et deviennent une menace
régionale pour l´Inde. Le gouvernement
indien est en outre préoccupé par le fait
que les États-Unis continuent à coopérer
avec le Pakistan malgré les révélations
selon lesquelles l´ISI soutient les organisations
d´activistes anti-américains qui nuisent
à la politique américaine en Afghanistan.
La conséquence de la politique du gouvernement
Obama de soutien du Pakistan en Afghanistan est que
l´Inde revient désormais sur sa position
pro-américaine concernant les questions internationales.
A l´occasion du Sommet sur la sécurité
nucléaire à Washington D.C. en avril dernier,
le Premier ministre indien Manmohan Singh a dit à
Obama que les sanctions de l´ONU ne constituaient
pas une réponse au programme nucléaire
iranien [4]. Plus tard, le ministre indien des Affaire
s étrangères S. M. Krishna a rappelé
le désaccord de l´Inde face à la
position américaine sur le programme nucléaire
iranien en accueillant favorablement et en public la
décision iranienne d´envoyer son stock
d´uranium faiblement enrichi en Turquie [5].
L´Inde a déclaré publiquement qu´elle
ne renoncerait pas à ses engagements après
le retrait d´Afghanistan des troupes américaines.
L´Inde se tourne à présent vers
l´Iran dans l´espoir de parvenir à
une position commune sur l´Afghanistan. Les dirigeants
indiens et iraniens ont accompli de nombreux voyages
entre Téhéran et New Delhi ces derniers
temps. Lors d´une réunion dans la capitale
indienne au début du mois d´août,
de hauts responsables iraniens et indiens ont convenu
de contrer la menace d´une résurgence des
talibans en Afghanistan. L´Iran, courtisé
par Karzaï et l´Inde, a gagné en influence
en Afghanistan.
VI. Les options américaines
Quelles sont les options des États-Unis en Afghanistan
?
a) Laisser le chaos s´installer et permettre
une prise de pouvoir des talibans
Le chaos naissant en Afghanistan résulte de la
perspective du retrait américain. Les États-Unis
entendent, selon la promesse présidentielle,
entamer le retrait des troupes américaines en
juillet 2011. Cet objectif déclaré a déjà
motivé les puissances régionales comme
le Pakistan, l´Inde et l´Iran à se
positionner de façon à façonner
la structure du pouvoir émergeant en Afghanistan.
Fait important : les attaques des talibans en Afghanistan
ont augmenté et leur influence dans toutes les
provinces est aujourd´hui considérable.
Pour la première fois depuis que les troupes
américaines les ont délogés en
2001, les talibans seront prêts à revendiquer
le pouvoir.
Il est peu probable que les initiatives visant à
négocier la paix avec les talibans atteignent
leur objectif. Tout accord de paix avec les talibans
ne fera que les enhardir davantage, les activistes n´ayant
probablement aucune intention d´adopter la Constitution
afghane. Un accord "Charia contre paix" conclu
entre les talibans et le gouvernement pakistanais laïque
les a enhardis au point d´avoir conduit les activistes
à appliquer la Charia dans le district pakistanais
de Swat, début 2009. Tel a été
le résultat de tous les accords de paix conclu
s entre l´armée pakistanaise et les talibans
dans la région tribale du Pakistan ces dernières
années. Avec ou sans accord avec les talibans,
l´Afghanistan se dirige vers un retour du chaos
avec le départ des troupes américaines.
b) Reporter le retrait ou opter pour un retrait
partiel
Une autre option pourrait être de retarder le
retrait des troupes américaines et de soutenir
le combat des forces afghanes contre les talibans. Bien
que cette option aille à l´encontre de
l´engagement présidentiel des États-Unis
d´entamer le retrait des troupes américaines
d´Afghanistan, à l´heure actuelle,
seul un retrait symbolique semble envisageable. Les
nouvelles menaces de terroristes talibans contre les
États-Unis peuvent justifier un report du retrait.
Une autre possibilité serait que les t roupes
américaines se retirent non du pays, mais des
casernes dans et autour de Kaboul et des autres grandes
villes, si le gouvernement Karzaï est en mesure
d´assumer certaines responsabilités sécuritaires.
Si un retrait partiel pourrait préserver le processus
démocratique existant, il pourrait toutefois
encourager les talibans à lancer des attaques
contre Kaboul jusqu´à la faire tomber.
Les forces de sécurité afghanes ne sont
pas assez puissantes pour faire face à la machine
ISI-talibans. Les talibans semblent être en position
de force pour réclamer le pouvoir après
le départ des troupes américaine.
c) Déployer des troupes américaines
dans la région tribale du Pakistan
Au lieu de se retirer totalement, les troupes américaines
pourraient être redéployées dans
la région tribale pakistanaise. Contrairement
aux attaques am éricaines de drones qui ont frappé
certains commandants, les opérations militaires
pakistanaises n´ont généralement
pas permis d´abattre ou de capturer de hauts responsables
talibans pakistanais ou afghans (établis au Pakistan).
Le fait est que certains commandants pakistanais comme
Maulana Fazlullah se sont dernièrement battus
en Afghanistan.
Le déploiement de troupes américaines
dans la région tribale du Pakistan se justifierait
par la nouvelle stratégie des talibans de combattre
les Etats-Unis sur leur propre sol. L´échec
de la tentative d´attentat du 1er mai 2010 à
Times Square par Faisal Shahzad et la vidéo du
chef taliban Hakimullah Mehsud menaçant de perpétrer
des attaques en Amérique du Nord justifient le
déploiement de troupes américaines au
Pakistan. Une telle mesure serait farouchement contrée
par le gouvernement pakistanais et ne pourrait se concrétiser
qu´en cas d´attaques massive s sur le sol
américain émanant de cette région.
Deux nécessités ressortent de ces trois
options : celle de préparer le nouveau leadership
en Afghanistan et celle de la création d´un
fonds de stabilité.
Tout d´abord, il n´y a pas à l´heure
actuelle de leader crédible susceptible de remplacer
Karzaï, mais l´administration Karzaï
et les États-Unis pourraient former de nouveaux
dirigeants, en cas de tentative réussie d´attenter
aux jours de Karzaï, ou de démission de
ce dernier. Dans les circonstances actuelles, la menace
pesant sur la vie de Karzaï semble réelle.
Dans la perspective de pourparlers de paix avec la médiation
de l´ISI, certains dirigeants afghans pressentent
déjà l´avènement d´un
nouveau régime à Kaboul et se sont rendus
au Pakistan pour y chercher la bénédiction
de l´ISI. Des dirigeants afghans comme Ustad Mohammad
Moh aqiq, du parti Hizb-e-Vehdat, et le vice-président
afghan Karim Khalili se sont récemment rendus
au Pakistan pour se positionner comme successeurs potentiels
de Karzaï. [6] D´autres dirigeants potentiels
bénéficient du respect des Afghans, tels
Ali Ahmad Jalali (ancien ministre de l´intérieur),
Ashraf Ghani Ahmadzai (ancien ministre des Finances
et candidat présidentiel) et Zalmay Khalilzad
(ancien ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul).
Il est vital pour les Etats-Unis de se préparer
à l´après-Karzaï. Cela peut
se faire en partenariat avec M. Karzaï, à
qui la Constitution afghane ne permet pas de briguer
un troisième mandat.
Deuxièmement, contrairement à ce qui
s´est passé lors du retrait américain
d´Afghanistan à la fin de la guerre froide,
les États-Unis et ses alliés pourraient
mettre en place un important fonds de stabilité
visant à soutenir les forces de sécurité
afghanes et les structures locales. Une telle démarche
contribuerait au renforcement progressif des forces
de sécurité afghanes.
VII. Perspectives - Quel avenir pour les talibans ?
Avec un pouvoir affaibli par le retrait des forces
américaines, l´État afghan fragilisé
de Hamid Karzaï se trouvera confronté à
un groupe d´opposition fort dirigé par
les talibans et le leader Hekmatyar du Hezb-e-Islami,
qui bénéficie en outre du soutien de l´ISI.
Alors que l´administration Karzaï s´efforcera
de tendre la main aux activistes, il est peu probable
que les dirigeants idéologisés du mouvement
taliban abandonnent leur objectif de création
d´un émirat djihadiste en Afghanistan.
Les efforts des talibans en ce se ns se trouveront renforcés
par le retrait des troupes américaines, considéré
comme une victoire par les djihadistes.
Avec la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan,
l´expérience démocratique de ces
dernières années touchera à son
terme. Le régime de Karzaï fera place à
la machine ISI-talibans, une source de danger pour les
États-Unis et les régimes arabes. Déjà,
la politique afghane du Pakistan est arbitrée
par le chef de l´ISI. L´Afghanistan deviendra
de nouveau un foyer pour les talibans et Al-Qaïda.
Les militants contrôlent déjà de
vastes régions d´Afghanistan.
Après la prise de contrôle par les talibans,
on pourra se poser la question du prochain objectif
des talibans. La plupart des organisations d´activistes
appartenant à la machine des talibans seront
mobilisées par l´ISI contre l´Inde.
L´expérience pakistanaise montre que certa
ins des groupes talibans sont motivés par des
considérations idéologiques ; ces derniers
poursuivront le djihad contre l´Occident. Plusieurs
d´entre eux, surtout au sein de la jeune génération,
s´alignent sur Al-Qaïda et luttent aussi
contre l´armée pakistanaise et l´Etat
du Pakistan. La nouvelle génération de
ces organisations d´activistes a pour objectif
l´établissement d´un califat islamique.
La meilleure solution pour les États-Unis et
ses alliés internationaux en Afghanistan est
probablement d´assurer la sécurité
de Karzaï tout en formant des dirigeants à
sa succession. La décision du gouvernement Bush
de soutenir le mouvement de Nouri Al-Maliki en Irak
n´a pas fait que stabiliser l´Irak ; elle
a empêché les djihadistes d´étendre
leur influence aux pays voisins. Si le gouvernement
Obama décidait de soutenir le gouvernemen t Karzaï
en Afghanistan, il pourrait éviter au Pakistan
de tomber entre les mains des talibans.
* Tufail Ahmad est directeur du projet en ourdou et
pachto de MEMRI ; Y. Carmon est président du
MEMRI.
Notes:
[1] Al-Hayat, Londres, le 22 mai 2010.
[2] www.timesofindia.com , Inde, le 10 mai 2010.
[3] www.state.gov , Etats-Unis, le 13 mai 2010.
[4] www.rediff.com , Inde, le 14 avril 2010.
[5] www.timesofindia.com , Inde, le 21 mai 2010.
[6] Roznama Mawa-i-Waqt, Pakistan, le 10 août
2010.
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