Les jeunes musulmanes pourront continuer à porter
le voile islamique au sein de l'école fribourgeoise.
Le Grand Conseil a refusé hier de l'interdire.
A l'issue d'un débat fort émotionnel,
la motion de la socialiste Erika Schnyder a été
largement rejetée (70 à 24 et 2 abstentions).
«Le voile n'a pas sa place à l'école.
Point !», a martelé celle qui est par ailleurs
présidente de la Commission cantonale pour l'intégration
des migrants.
Et de prophétiser: «Quel que soit le
sort que vous réserverez à ma motion,
le débat est loin d'être clos. II ne fait
que commencer,» La syndique de Villars-sur-Glâne
veut bien que l'Etat veille à la liberté
de croyance, mais pas à n'importe quel prix,
et en tout cas pas à celui de la discrimination
de la femme.
«Signe de soumission»
Les soutiens lui sont venus principalement de l'autre
bout de l'échiquier politique. Ainsi pour le
porte-parole de l'UDC Stéphane Peiry, «l'Etat
doit poser les limites d'un prosélytisme religieux
toujours plus ostentatoire». Christian Ducotterd
(dc, Grolley) avance un autre argument: «N'oublions
pas que le voile est un signe de soumission! Est-ce
bien cela l'égalité hommes-femmes que
nous voulons»
La plupart des intervenants ont cependant défendu
la position du Conseil d'Etat. Celui-ci vient d'ailleurs
de publier une brochure présentant les recommandations
en matière de diversité religieuse et
culturelle à l'école (« La Liberté»
du 21 septembre). Une brochure qui prône le dialogue
plutôt que les interdictions.
Oui au hijab, non au niqab
Par rapport au voile à l'école, la brochure
ne fait que confirmer la pratique en vigueur. C'est
oui au foulard islamique qui cache les cheveux voire
le cou mais laisse tout le visage apparent (hijab).
En revanche, le voile intégral qui ne montre
que les yeux (niqab) voire même derrière
un grillage (burqa) est interdit. Le critère
justifie cette différence, c'est celui de la
bonne communication possible entre l'élève
et l'enseignant. Si le foulard est autorisé,
un dialogue est toutefois mené avec les parents
pour les rendre attentifs à l'entrave que cela
peut constituer pour l'intégration de l'élève
au sein de la classe. Et si les élèves
peuvent porter le voile, les enseignantes, elles, non.
Elles n'ont pas le même rapport à l'Etat
et à la neutralité confessionnelle qu'il
se doit de défendre.
L'image du hérisson
Une position dont Michel Buchmann (de, Romont) salue
la pondération. Pour André Ackermann (de,
Corminbœuf), «les chiffres montrent bien
que ce n'est pas un problème majeur à
l'école». A l'école obligatoire,
elles sont moins d'une dizaine à porter le voile
sur 40 000 élèves. Et il y en a 8 au sein
des collèges et écoles professionnelles
sur 5000 étudiants. Le démocrate-chrétien
ne veut pas que Fribourg «donne l'image d'un canton
frileux, celle d'un hérisson se mettant en boule
au moindre problème».
Pour Louis Duc (ind, Porel), «nous voulons la
paix des langues, celle des différentes ethnies.
Cette motion y porte un sale coup». Seul à
s'opposer à l'interdiction au sein de son groupe,
Joe Genoud (UDC, Châtel-Saint-Denis) le fait au
nom du respect de la liberté religieuse et de
la liberté personnelle: «Pourquoi ne pas
interdire aussi les minijupes à l'école
ou les tops avec ventre à!'air»
Un conflit de loyauté
Benoît Rey (cs, Fribourg) rend ses collègues
attentifs à un point: «Nous ne parlons
pas de prosélytisme musulman. Nous sommes en
train de parler d'adolescentes qui se trouvent dans
une situation extrêmement grave de conflit de
loyauté». Interdire le voile, ce serait
«les mettre dans une situation intenable».
La conseillère d'Etat Isabelle Chassot abonde:
«Il faut vous poser la question de la conséquence
d'une interdiction du voile à l'école.
Ne vaut-il pas mieux garder ces enfants avec nous au
sein de l'école publique?»
Sources : Philippe Castella, La Liberté; ATS,
24 Heures – 7 octobre 2010