Un article de janvier 2010,
tiré de Nord-Eclair,
dont nous n’avions pas
connaissance.
Une lectrice de Nord-Eclair
s’interroge : «
Il sera bientôt impossible
de trouver à proximité
une côte de porc ou du
jambon de qualité. Est-ce
parce que cela demande trop
de travail que plus personne
ne reprend ce genre de commerce
? »
A Roubaix, les boucheries traditionnelles
se comptent sur les doigts d’une
main mais Martine et Jean-Luc
Delcour ne se plaignent pas
de la pénibilité
de l’activité.
Ils dénoncent un environnement
hostile.
Durant 30 ans, Martine et Jean-Luc
Delcour ont tenu la boucherie
installée au 267 rue
de Lannoy. « C’est
vrai que notre clientèle,
composée de personnes
âgées, ne se renouvelait
pas beaucoup , dépeint
Martine Delcour. Mais la fréquentation
restait suffisante. Nous aurions
pu continuer… »
Les Delcour ont préféré
fermer boutique en novembre
2009, vendre l’immeuble
et tirer un trait sur le fonds
de commerce. Ils ont emménagé
à quelques dizaines de
kilomètres, profitent
de leur retraite mais gardent
un goût amer de leur départ
prématuré.
« Des jeunes ont manifesté
leur écoeurement parce
que nous n’étions
pas une boucherie hallal, relate
Jean-Luc Delcour. Une fois,
un adolescent a même craché
sur mon comptoir… »Son
épouse poursuit : «
Nous recevions des jets de soda
ou de yaourt sur notre vitrine.
» Des comportements isolés
? « Je ne suis pas au
courant de ces agissements ,
indique un travailleur social,
ça pourrait se produire
car l’influence cultuelle
est très forte dans les
quartiers. »
Un autre professionnel, exerçant
dans les quartiers Est, complète
laconiquement : « La situation
est explosive… »
Nathalie Desfrennes, présidente
de l’association Commerces
et Quartiers et de l’union
des commerçants de la
rue de l’Épeule,
se souvient à son tour
d’une anecdote : «
Un client a protesté
dans mon magasin parce que je
mangeais une clémentine
en période de ramadan
! »
« Une partie de notre
clientèle, vieillissante
et dépendante, ne pouvait
plus se déplacer , reprend
M. Delcour. Certains ont arrêté,
m’ont-ils dit, de commander
des saucisses ou du jambon parce
que leur auxiliaire de vie refusait
de transporter des morceaux
de porc. »
Autre souci de taille rencontré
par le couple Delcour : des
voisins encombrants : «
Ils nous empêchaient de
dormir. Lorsque mon mari leur
faisait des remarques, ils nous
insultaient. À force,
nous n’osions plus rien
dire… »
Lassitude et désarroi
ont subrepticement pris le dessus
: « Les cinq dernières
années ont été
un enfer ! » , résume
Mme Delcour.
Jusqu’au jour, le 30
août 2008, où elle
a été agressée
par un occupant non identifié
de la maison voisine : «
Nous faisions des travaux dans
la cour. De l’eau a dû
passer par-dessus le mur…
Un homme a surgi perché
sur une échelle pour
nous menacer, puis a frappé
à la porte du garage,
j’avais toujours le tuyau
d’arrosage dans les mains…
» L’individu s’empare
alors du tuyau, le coince dans
la bouche de Mme Delcour et
lui tord le bras, relate-t-elle.
« Si sa femme n’était
pas intervenue, je serais morte
! » Cette agression vaudra
à Martine Delcour trois
semaines d’arrêt.
Elle dépose plainte (procès
verbaux et certificats médicaux
ont été présentés
à la rédaction,
ndlr). La suite, elle l’ignore.
« Pour notre part, nous
avons continué à
vivre dans la peur. »
« C’est le procureur
qui décide de la procédure.
Les plaintes contre X sont difficiles
à résoudre »,
indique-t-on au commissariat.
« Nous avons également
alerté la municipalité,
relate Jean-Luc Delcour mais
les problèmes ont persisté.
»
Le couple Delcour a baissé
les bras… et le rideau.
Source : Nord-Eclair
- Janvier 2010 ; Bivouac
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