Un Pakistanais a massacré
sa fille de 16 ans à
coups de hache, lundi à
Zurich-Höngg, parce qu'elle
voulait juste se distancer de
l'intransigeance religieuse
de son père.
Scheragha R., 51 ans, un ressortissant
pakistanais domicilié
dans le quartier d'immigrés
de Zurich-Höngg, a tué
lundi soir sa fille Svera R,
16 ans, à coups de hache
(«Le Matin» d'hier).
L'adolescente avait fugué
du domicile familial depuis
trois semaines et désirait
vivre en ménage avec
son copain. Mais le mode de
vie occidental révulsait
le père, un musulman
intransigeant. Il ne supportait
pas que son enfant se maquille
et vive comme les autres filles
de Zurich.
Pour survivre, l'adolescente
se rend coupable d'un vol à
l'étalage dans la journée
de lundi. La police la surprend
en flagrant délit dans
un magasin du centre-ville et
dénonce le petit délit
à la famille. Sans le
savoir, Svera vit alors ses
dernières heures.
L'ado est obligée de
rentrer au domicile familial,
mais, à la maison, une
dispute éclate, une fois
de plus, entre le père
et sa fille. Le ton monte, dans
la soirée la situation
dégénère.
Fou de rage, Scheragha R. n'hésite
pas à brandir une hache
et à l'enfoncer dans
le dos de sa propre fille.
«Mon mari a tué
ma fille»
«J'ai vu Svera par la
fenêtre qui gisait à
terre avec la hache plantée
dans le dos», a confié
une voisine à Blick.
Un locataire de l'immeuble de
la Hönggerstrasse où
le drame s'est déroulé
a même entendu le cri
de détresse de Naïm
B. «J'ai écouté
ce que disait la mère,
comment elle a appelé
un membre de sa famille et lui
a dit: «S'il vous plaît,
aidez-nous. Mon mari a tué
ma fille.» L'infanticide
a appelé lui-même
la police avant de s'asseoir
tranquillement à une
proche station de bus, où
il a finalement été
arrêté.
Toute la famille de Svera R.
vivait difficilement la différence
culturelle et le fanatisme du
père. Naïm B., l'épouse,
avait tenté de se suicider
récemment. L'une des
deux sœurs de la victime
a été placée
dans un foyer. Svera avait,
elle aussi, éveillé
l'attention de l'administration
communale. «La victime
et son père se querellaient
souvent, a reconnu Martin Näf,
porte-parole de l'autorité
de tutelle. Mais jamais il n'y
a eu de danger aigu.»
D'après un voisin, Svera
n'en était pas à
sa première fugue et
elle donnait souvent l'impression
d'être déprimée.
Aujourd'hui, la fratrie de
trois enfants et la mère
sont suivies par des psychologues
chargés de les aider
à surmonter le choc.
Un imam tente aussi d'aider
la famille musulmane. Devant
le domicile des R., des voisins,
des proches de la victime ont
déposé des mots,
des fleurs des bougies.
Placé en prison préventive,
le meurtrier donne l'impression
d'être «triste et
désespéré»,
d'après Ulrich Krättli,
le juge instructeur chargé
de l'enquête, qui tente
d'éclaircir les circonstances
du drame et les mobiles exacts
du père. Le Pakistanais,
qui a avoué son crime
de sang sans difficulté,
sera interrogé de nouveau
au début de la semaine
prochaine.
Source : Le
Matin, 12 mai 2010