Micheline Calmy-Rey semble préférer
lécher les bottes de l’OCI que
tenir une position de fermeté quand au
résultat du scrutin du 29 novembre dernier
sur les minarets. Là où elle devrait
affirmer à l’OCI que la Suisse
ne vit pas selon la charia, mais selon la démocratie,
elle préfère écouter d’une
oreille apparemment complice les revendications
des représentants de l’OCI qui
cherchent à s’ingérer dans
les affaires de la Suisse avant de balayer devant
leur porte. La situation pourrait se résumer
en deux mots : dhimmitude et Eurabia.
Micheline Calmy-Rey avait le teint pâle
mardi après avoir rencontré à
Genève Ekmeleddin Ihsanoglu en marge
de la 13e session du Conseil des droits de l'homme.
Et pourquoi ça ? Certainement parce que
la conseillère fédérale
en charge des Affaires étrangères
(DFAE) s'est fait remonter les bretelles par
le secrétaire général de
l'Organisation de la conférence islamique
(OCI). Durant une bonne heure, le Turc a tenu
des propos virulents à l'encontre de
la Suisse à propos du vote interdisant
la construction de nouveaux minarets.
Ihsanoglu lui a exprimé la vive préoccupation
et la déception de l'OCI, la plus importante
organisation de pays islamiques au monde (57
Etats membres). Il a souligné que l'interdiction
votée le 29 novembre «avait été
une surprise compte tenu des assurances données
par la partie helvétique au cours des
trois tours de consultations qui ont eu lieu
à ce sujet entre l'OCI et ses interlocuteurs
helvétiques». Mais le message du
Turc allait plus loin. Les pays musulmans
veulent le retrait du texte de loi de la Constitution
suisse, estimant que les autorités
suisses n'auraient pas dû autoriser le
scrutin au sujet de ce texte, contraire à
ses obligations internationales.
Adrian Sollberger, porte-parole du DFAE, confirme
la rencontre entre Micheline Calmy-Rey et Ekmeleddin
Ihsanoglu. «La conseillère
fédérale a insisté sur
l'intensification des discussions avec la communauté
musulmane.» Micheline Calmy-Rey
a admis que le résultat du vote avait
contredit les sondages et surpris tout le monde.
Les deux interlocuteurs ont néanmoins
convenu que leur engagement réciproque
devrait s'étendre à une approche
bilatérale visant à présenter
l'image authentique de l'islam et des musulmans
et à éliminer les préjugés.
Représentant de l'OCI auprès des
Nations Unies à Genève, Babacar
Bâ nous livre son point de vue:
Le secrétaire général
de l'OCI a-t-il eu un échange vif avec
Micheline Calmy-Rey sur la question des minarets
?
Effectivement, l'OCI a exprimé sa profonde
déception et sa surprise après
le vote. L'OCI a signifié clairement
à la Suisse que le vote était
un mauvais signal. Berne doit effacer
cette tache noire dans les relations entre la
Suisse et le monde musulman. Je dois avouer
que ça me fait mal de traiter votre pays
d'islamophobe.
Est-ce que les réponses données
mardi à Genève par la Suisse ont
convaincu l'OCI ?
Pas tout à fait. On continue de nous
renvoyer au système suisse, à
la démocratie directe. Or le gouvernement
a validé un vote très problématique
qui, aujourd'hui, cause beaucoup de dégâts.
On comprend que le peuple ait décidé
et on respecte son choix. Mais à l'OCI,
on dit aussi qu'introduire des lois d'exception
qui stigmatisent une communauté religieuse
pose problème. Le Gouvernement
suisse n'aurait jamais dû laisser passer
une telle initiative. Ce vote a même
porté atteinte à une règle
fondamentale de la Constitution suisse: la liberté
religieuse.
Qu'attendez-vous de la Suisse, surtout après
cette rencontre ?
Deux choses: d'abord, le gouvernement
doit adopter d'urgence des mesures notamment
pour préserver les droits fondamentaux
de la communauté musulmane. Il doit engager
davantage le dialogue. Dans un deuxième
temps, on attend que Berne trouve une solution
à ce texte de loi sur les minarets, qui
est anticonstitutionnel.
Vous attendez donc que Berne invalide le vote
?
Le verdict de la Cour européenne des
droits de l'homme est très attendu, puisqu'il
n'y a plus de recours interne possible en Suisse.
Seule l'Europe peut obliger la Suisse à
revoir sa législation nationale, qui
est en contradiction avec le droit international
en violant les articles 9, 13 et 14 de la Convention
européenne des droits de l'homme. Ces
articles garantissent le droit à la liberté
de pensée et de religion.
Allez-vous évoquer la question des minarets
lors des prochains sommets de l'OCI ?
La Ligue arabe, qui se réunira en Libye
à la fin de ce mois, évoquera
la question des minarets. L'OCI va revenir sur
le sujet lors de la réunion du Conseil
des ministres des Affaires étrangères
des pays de l'OCI, en mai à Douchanbé,
au Tadjikistan. Je crois savoir que la Suisse,
par le biais de Mme Calmy-Rey, est intéressée
à prendre part à cette réunion.
Elle devra s'expliquer sur l'affaire des minarets
devant le Conseil de l'OCI.
Kadhafi a appelé à la guerre
sainte contre la Suisse, à cause notamment
du vote antiminarets...
Il faut éviter de mélanger un
problème bilatéral entre Tripoli
et Berne, et le vote antiminarets. Ce sont deux
dossiers différents. Je n'aime pas les
amalgames. Le dossier des minarets est plus
important parce que cela concerne la communauté
de tous les musulmans. Ils ont été
blessés par le vote suisse et par l'arrogance
de votre gouvernement.
Finalement, comment sortir de la crise des
minarets ?
Il faudra que la Suisse s'exprime davantage.
Certes, elle fait des efforts à travers
ses représentations diplomatiques dans
les pays musulmans pour expliquer le vote. Les
ambassadeurs suisses dans les capitales arabes
démontrent que cette décision
du vote n'aura aucune conséquence sur
la pratique de l'islam en Suisse. Mais
dans le monde musulman, on n'attend qu'une chose:
que la loi sur les minarets soit retirée
de la Constitution suisse.
Source: Sid Ahmed Hammouche, La
Liberté, Le Courrier - vendredi 5
mars 2010