
Cette année, à Noël, dans l’église
du Sacré-Coeur de Bellinzona en Suisse, le petit
Jésus naîtra entouré de minarets.
Les créateurs de cette crèche, qui pour
le moins sort de l’ordinaire, nous affirment que
le fruit de leur inspiration apportera aux paroissiens
une occasion de réfléchir sur la tolérance
et sur les Droits de l’Homme.
Installées près de l’autel principal,
à côté d’un crucifix monumental,
six tours blanches de deux mètres de haut surmontées
de croissants islamiques entourent un baptistère
où repose l’Enfant-Jésus et devant
lequel on a posé un livre ouvert présentant
en parallèle des versets du Coran et une citation
de l’Évangile, voilà ce que l’on
propose comme étant une crèche symbolique
aux fidèles de la paroisse. Par son originalité
provocatrice, l’ensemble se détache nettement
des quarante autres crèches plus traditionnelles
qui seront exposées du 25 décembre au
31 janvier, dans le choeur de l’église
du Sacré-Coeur de Bellinzona.
«Nous avons reçu des critiques autant
positives que négatives » nous expliquent
Matteo Casoni et Letizia Fontana, les artisans créateurs
de cette oeuvre, en ajoutant : « pour nous c’est
déjà un succès, vu que notre but
était effectivement de faire réfléchir
les gens et de les inciter à se poser des questions
durant cette période particulière de l’année.»
« L’idée nous est venue à
la fin novembre après la votation contre la construction
de minarets en Suisse » précisent ces deux
jeunes qui ne partagent en aucune façon l’avis
des 57 % de leurs concitoyens qui, eux, veulent interdire
ces constructions.
« Au delà de la décision politique,
nous nous sommes dit que l’on devait continuer
à proposer une réflexion sur les autres
religions et sur leur rôle» nous explique
Matteo Casoni, qui est membre de la communauté
du Sacré-Coeur et qui veut proposer un message
spirituel : « Dans notre crèche, les trois
principales religions monothéistes sont représentées,
la religion musulmane, la religion juive et le christianisme.
Le message principal est celui de la comparaison et
du dialogue. » Ce n’est pas pour rien que
le livre ouvert compare deux versets qui se réfèrent
à l’eau. D’un côté,
en référence à l’ origine
de l’homme qui a été créé
par Dieu comme espèce unique mais semblable à
lui et de l’autre, comme un symbole de purification
et comme une promesse d’un monde nouveau et à
cela, toujours selon Matteo Casoni, on doit ajouter
la dimension franciscaine : « Saint-François
a recherché le dialogue avec l’islam, sans
prétendre vouloir convertir, mais avec la volonté
de résoudre un conflit d’une façon
pacifique. »
Letizia Fontana, jeune historienne qui travaille à
l’Institut Bibliographique du Tessin, nous explique
elle aussi ses motivations : « Je sentais le besoin
de faire quelque chose pour sensibiliser la population
sur ce sujet. Mon action est une action d’engagement
civique. Quelqu’un m’a fait remarquer que,
selon lui, cette représentation [de la Nativité
] ne respectait pas la volonté du peuple, en
faisant clairement référence au résultat
du vote référendaire. Mais, d’après
moi, en démocratie, la minorité a un poids
et surtout dans un cas comme celui-ci où, moi,
je fais partie de la minorité, je sens le devoir
de continuer à sensibiliser [ la population]
»
Cette initiative a été approuvée
par le père Callisto Caldelari, moine franciscain
et curé de la paroisse du Sacré-Coeur
: « Nous acceptons toutes les créations,
l’unique exigence est qu’elles soient d’un
certain niveau artistique » nous informe-t-il
tout en s’affairant à terminer les dernières
installations. « Cette année il y aura
plus de quarante crèches exposées : de
la crèche traditionnelle équatorienne
à celle illuminée par des rayons ultra-violets
en passant par celle aux six minarets.» «Naturellement
nous n’accueillons que les propositions qui respectent
notre spiritualité » nous fait remarquer
le religieux « et dans le cas qui nous concerne,
le fait que la crèche aux minarets se trouve
dans une église franciscaine ne fait qu’en
renforcer le message de paix et de dialogue.»
Des réactions désagréables sont
pourtant arrivées jusqu’aux oreilles du
père Callisto : « Eh oui! la plus négative
est justement celle de cette personne qui a dit que
cette crèche va à l’encontre de
la volonté du peuple. Moi, je lui ai répondu
de cette façon : la volonté populaire
n’est pas toujours éthique. Ici, on parle
de fraternité et de Droits de l’Homme.
»
Source : LaRegioneTicino
Traduction Bivouac-ID