03.12.2009 Minarets
: Les réactions continuent de s'enchainer
Près de 50% des Français
seraient pour l'interdiction des minarets
Une forte proportion de Français se prononce pour l'interdiction
de la construction de minarets et même de mosquées
en France, selon un sondage Ifop à paraître jeudi
dans Le Figaro.
Quelque 14% ne se prononcent pas, précise cette enquête.
Pour l'édification de mosquées, 41% des personnes
interrogées y sont opposées, 19% y sont favorables,
36% se disent indifférents et 4% ne se prononcent pas.
Dans une enquête similaire de 2001, seuls 22% des sondés
étaient opposés à la construction de mosquées.
Le débat sur les minarets a surgi en France après
la votation de dimanche en Suisse sur l'interdiction de construire
de nouveaux minarets.
De nombreux responsables politiques français ont déploré
le vote suisse. Mais le parti de président Nicolas Sarkozy,
l'UMP, s'interroge sur la justification de ces édifices.
Et le Front national (extrême-droite) réclame un
référendum comme en suisse, mais portant plus
largement sur l'immigration.
Ce sondage a été réalisé du 1er
au 2 décembre auprès d'un échantillon de
983 personnes, représentatif de la population française
âgée de 18 ans et plus.
La Libye dénonce «un référendum
raciste»
Tripoli a qualifié mercredi de «référendum
raciste» le vote sur les minarets en Suisse, «violation
flagrante des droits humains», et appelé l'OCI
à «prendre des mesures urgentes».
Un ministre turc a lui exhorté les musulmans à
retirer leur argent des banques suisses, à l'instar de
Daniel Cohn-Bendit.
«Le Comité national des droits de l'homme de la
Grande Jamahiriya (ministère libyen de la justice) condamne
et déplore le référendum raciste, qui a
eu lieu en Suisse (...) et qui interdit la construction de minarets»,
indique le communiqué publié par l'agence libyenne
Jana.
Ce référendum «constitue une violation flagrante
des droits de l'homme et des conventions internationales (...)
et est une atteinte au droit des musulmans en Suisse à
la liberté religieuse», ajoute le communiqué.
«Hypocrisie politique»
Le Comité affirme par ailleurs qu'il n'était «pas
surpris par cette action de la part d'un Etat pratiquant l'hypocrisie
politique». Il accuse la Suisse de «codifier le
racisme et la haine des religions à travers ses lois
et sa Constitution tout en faisant semblant de respecter les
droits de l'homme et la primauté de la loi».
Préférer les banques turques
«Je suis convaincu que cette décision (des électeurs
suisses) incitera nos frères musulmans à revoir
leur décision de garder leur argent dans les banques
suisses», a dit de son côté à Ankara
le ministre turc chargé des Affaires européennes,
Egemen Bagis.
Le ministre a invité ces déposants à préférer
les banques turques, les moins affectées, selon lui,
par la crise financière globale. Il a ajouté que
la Suisse devait faire «marche arrière sur cette
décision erronée».
Manifestation devant l'ambassade de Suisse
Quelques dizaines de personnes ont par ailleurs manifesté
devant l'ambassade de Suisse à Ankara. Une couronne mortuaire
noire a été déposée devant l'édifice,
selon des images retransmises par la télévision
alémanique. Les manifestants ont scandé des slogans
contre la Suisse. Le président d'une fondation religieuse
a appelé les Helvètes à rectifier leur
«faute».
La Turquie, pays musulman mais laïc, avait déjà
dénoncé mardi par la voix de ses dirigeants la
décision des électeurs suisses, y voyant «le
reflet de la montée d'une vague de racisme et de l'extrême
droite en Europe».
«Vider les caisses de la Confédération»
Daniel Cohn-Bendit, co-président des Verts au Parlement
européen, a également demandé que «les
plus riches des pays musulmans retirent leur argent des banques
suisses», dans une interview publiée mercredi par
le quotidien «Le Temps».
«La plus formidable des ripostes (...) serait que les
plus riches des pays musulmans retirent leur argent des banques
suisses. Vider les caisses de la Confédération:
voilà ce qu'il faudrait!», a-t-il dit.
Les politiciens allemands dubitatifs
Interrogation sur la pertinence des référendums
touchant aux droits de l’homme.
La votation en Suisse sur les minarets a relancé en
Allemagne un vieux débat sur l’instrument politique
qu’est le référendum. «La votation
ne s’est pas limitée à la question des minarets,
regrette ainsi le chrétien-démocrate Armin Laschet,
chargé des questions liées à l’intégration
des étrangers au sein du gouvernement régional
de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans une interview au
quotidien Neue Osnabrücker Zeitung . D’autres éléments
sont intervenus dans la décision des électeurs:
la peur du fondamentalisme, le rejet des mariages forcés,
les craintes liées à l’emploi. Cela montre
pourquoi l’instrument du référendum est
inadapté pour des sujets aussi complexes que les minarets.
[…] Je suis heureux que nous ayons en Allemagne une Constitution
bien plus intelligente qui n’autorise pas de référendum
sur ce genre de question. […] Je pense qu’il ne
serait pas souhaitable qu’on puisse ici s’exprimer
sur les questions religieuses par référendum.
Ou doit-il être possible de voter pour ou contre la construction
d’une synagogue?»
En Allemagne, le recours au référendum n’est
prévu par la Loi fondamentale qu’en cas de redécoupage
régional, par exemple en cas de fusion de deux Länder.
Pour le reste, les régions ont la possibilité
d’organiser des consultations populaires directes, concernant
la vie du Land, Celles-ci sont surtout répandues en Bavière,
à Berlin, à Hambourg et en Rhénanie-Palatinat.
«Le peuple peut se tromper»
Mais, depuis des années, le SPD, les Verts, Die Linke
et les libéraux du FDP réclament une modification
de la Constitution afin d’étendre le recours au
référendum. Angela Merkel, qui sait bien que la
réunification n’aurait sans doute jamais eu lieu
s’il avait fallu l’approuver par référendum,
s’est toujours prononcée contre une telle réforme,
qui nécessiterait une majorité des deux tiers
au Bundestag. «Je suis résolument contre l’introduction
d’éléments de plébiscite au niveau
national», estimait récemment la chancelière
à ce sujet.
La déception provoquée en Allemagne par le résultat
de la votation suisse ne change rien à la conviction
des sociaux-démocrates et des Verts, désireux
d’introduire le référendum sur les questions
de société. «La démocratie comprend
une dose de risque, estime ainsi dans le Frank¬furter Rundschau
Dieter Wiefel¬spütz, spécialiste des questions
de sécurité du SPD. Le peuple aussi peut se tromper.»
Le SPD entend utiliser le faible score obtenu par la CDU aux
dernières élections pour engager une réforme
de la Loi fondamentale et introduire le référendum
au cours de la législature.
«La votation suisse n’est pas un argument contre
le principe du référendum, estime pour sa part
Jerzy Montag, expert constitutionnel des Verts. Toutefois, il
ne doit pas être possible d’organiser un référendum
sur une question remettant en cause les droits de l’homme.
C’est pourquoi une question comme celle des minarets ne
doit pas être tranchée par consultation.»
Sources : AFP, Tribune
de Genève, 03.12.2009; ATS; 20minutes.ch,
02.12.2009 ; Nathalie
Versieux Berlin, Le Temps - jeudi 3 décembre 2009
(via bulletin n°1059 de la CICAD)
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