Selon une enquête menée par l’Œuvre
d’assistance aux bêtes d’abattoir, 62%
des ovins et caprins ont été abattus selon
un rite religieux.
La pratique se veut discrète , mais une
grande partie des viandes sortant des abattoirs français
sont conformes aux préceptes religieux et vendues
sans mention spécifique.
«Le système est très opaque»,
accuse Frédéric Freund, directeur de l’Œuvre
d’assistance aux bêtes d’abattoir (OABA)
qui milite pour le droit animal. Sur le papier, les choses
semblent pourtant claires : la règlementation européenne
qui impose l’étourdissement de l’animal
avant son abattage autorise des dérogations pour
obéir aux rites juifs et musulmans. Ceux-ci stipulent
en effet que l’animal ne peut être blessé
et donc étourdi avant d’être égorgé.
Autre obligation : cet abattage doit être accompli
par un sacrificateur agréé pour que la viande
soit halal. Dans les faits, cette distinction n’est
pourtant pas si nette.
«Plus de chance de manger halal que non-halal»
Une enquête menée par les directions départementales
des services vétérinaires de Basse et Haute-Normandie
conclut qu’une part significative de bêtes abattues
selon un rituel religieux entre dans le circuit classique
de commercialisation, sans mention particulière.
Cette proportion varie de 0 à 60% selon les abattoirs
pour la production halal et celle-ci est même supérieure
à 70% pour la production kascher (destinée
aux consommateurs juifs). L’OABA a mené en
2006 et 2007 une enquête auprès de 225 établissements.
Les résultats détonnent : 28% des bovins,
43% des veaux et 62% des ovins et caprins ont été
occis selon un rite religieux. Des proportions bien supérieures
aux consommations des juifs et musulmans, preuve que ces
produits sont réinjectés dans les étals
classiques de la grande distribution. «Les groupes
agro-alimentaires peuvent ainsi disposer d’une seule
chaîne de production au lieu de deux», décrypte
Fateh Kimouche, fondateur du portail Al-Kanz. «L’abattage
halal est tellement peu différent de l’abattage
conventionnel qu’il s’est généralisé,
en particulier pour les ovins. Aussi le consommateur lambda
a-t-il plus de chance d’acheter dans certains supermarchés
du mouton halal non étiqueté comme tel»,
explique Florence Blackler, sociologue. Une situation choquante
pour l’OABA qui réclame une meilleure traçabilité
des produits. «L’industrie agro-alimentaire
doit assumer ses choix : les étiquettes de ces articles
devraient porter une mention spécifique pour ne pas
cristalliser les ressentiments», enjoint aussi Fateh
Kimouche. L’OABA propose aux abattoirs d’insensibiliser
les bêtes tout de suite après leur égorgement,
ce qui pourrait satisfaire des consommateurs juifs, musulmans
et athées.
«Beaucoup de viandes prétendument
halal n’en sont pas»
La production halal est aussi victime de ces pratiques
douteuses. Notamment parce que la filière souffre
d’une absence de certification au-dessus de tout soupçon.
«Beaucoup de viandes prétendument halal n’en
sont pas», affirme Fateh Kimouche. Le tribunal correctionnel
d’Arras a par exemple condamné en 2007 l’entreprise
«Aux collines de l’Artois» qui a commercialisé
pendant près de quatre ans des merguez certifiées
halal qui contenaient du porc. Quand ce n’est pas
le caractère licite du bien qui est incriminé,
c’est sa qualité qui peut être mise en
doute. «Pour les ovins comme pour les bovins, ce marché
constitue une voie de dégagement : ce qui n’est
pas vendu sur le marché classique est réorienté
vers les circuits halal», affirme une étude
de l’OABA. Ce n’est pas le mode d’abattage
qui est ici suspect car conforme aux principes islamiques.
Sont visés l’élevage des animaux susceptibles
d’avoir été nourris par des farines
animales et donc de porcs ou encore la qualité des
produits. Selon l’OABA, celle-ci est particulièrement
à la baisse lors des périodes de pénurie
de viande.
Source : Le
Figaro