ANTOINE GROSJEAN | 30.04.2009 | 00:00
«C’est un cas avéré d’esclavagisme!» Me Razi Abderrahim ne
mâche pas ses mots contre la mosquée de Genève. «Et cela se passe
au vu et au su de tout le monde, dans une fondation reconnue d’utilité
publique, qui a pignon sur rue», ajoute l’avocat.
Mardi soir, au Tribunal des prud’hommes, se tenait une quatrième
audience dans l’affaire opposant l’ancien concierge de la mosquée,
Monsieur A.E., à la Fondation culturelle islamique, qui gère l’institution.
Les deux parties se réclament mutuellement de l’argent .A.E.
demande près de 451?000?francs pour des heures supplémentaires
et des treizièmes salaires impayés ainsi que pour défaut d’assurance.
Car cet Egyptien, qui travaillait à la mosquée depuis 1981, n’a
été affilié à l’AVS et au 2e?pilier qu’à partir de 2001. Du coup,
retraité depuis février 2008, il ne touche que 392?francs mensuels
de rente AVS.
De son côté, la fondation veut le chasser du logement de fonction
qu’il occupe gratuitement et, selon elle, illégalement puisqu’il
est désormais à la retraite.
Elle lui réclame donc 1400 francs de loyer par mois depuis
février 2008. D’autre part, elle conteste le nombre d’heures supplémentaires
effectuées.
Me Abderrahim affirme que son client était un «homme à tout
faire, corvéable à merci». Mardi, des témoins sont venus décrire
le quotidien de l’ancien concierge.
«A.E. était disponible à n’importe quelle heure du jour et
de la nuit, y compris le week-end», raconte un ancien enseignant
de la mosquée. En plus de son travail de concierge et de tâches
multiples et variées, il devait faire l’appel à la prière, cinq
fois par jour. «Il commençait sa journée à 5h du matin pour la
finir à 23h», précise un autre témoin. Et ce n’est pas tout: A.E.
devait également faire la toilette des défunts en vue des cérémonies
funéraires.
Son dernier salaire était de 4400?francs et il disposait d’un
logement de fonction gratuit. «Un petit studio d’environ 22 mètres
carrés avec kitchenette», selon les témoignages.
La fondation était la grande absente de cette audience, tout
comme la semaine dernière dans une autre affaire l’opposant à
une ex-employée.
Un fax a été envoyé la veille pour demander le report de l’audience
en raison du changement de personne à la direction de l’institution
(lire nos éditions du 11 avril). La cour, que cette attitude nonchalante
a le don d’irriter, a à nouveau refusé.
Lors des trois premières audiences, c’est le nouveau concierge
qui était venu représenter la fondation. Le jugement est attendu
ces prochaines semaines.