Le texte présenté victorieusement, le 17 mars 2009, par le facilitateur
russe Youri Boychenko a un petit goût nauséabond de déjà vu et
sent le souffre.
"Durban 2 est sauvé !" clament certains commentateurs comme Chamberlain
hurlait à la paix à son retour de Munich en septembre 1938.
"Les lignes rouges bougent dans le bon sens" se réjouissent d'autres
comme Daladier acclamé par la foule à sa descente au Bourget un
an avant le déclenchement de la deuxième guerre mondiale.
En fait de succès, le nouveau texte est en réalité un
masque assez grossier pour parvenir au consensus tant désiré par
les dictateurs, consensus qui permet par ailleurs aux
quelques démocraties restantes de prétendre encore maintenir le
cap dans la diplomatie de façade.
Les 2 lignes rouges que les pays européens voulaient défendre
restent toujours d'actualité
Focalisation sur Israël
Si Israël n'est pas visé spécifiquement, un paragraphe a été
entériné définitivement qui renvoie au Programme d'action et déclaration
de 2001 qui stigmatisaient spécifiquement ce pays.
Liberté d'expression
Certes la terminologie de diffamation des religions a disparu
et il est demandé en remplacement à ce que la haine raciale ou
religieuse qui constitue une discrimination soit interdite par
la loi. Dans le même temps, le projet de résolution s'inquiète
que les médias dans leurs
diverses formes contribuent à l'incitation à la haine raciale
ou des communautés religieuses.
Au vu des discussions qui ont lieu actuellement au même moment
au Conseil des droits de l'homme sur une nouvelle résolution sur
la diffamation des religions, et ce qui a déjà été adopté ces
derniers mois à l'Assemblée Générale et au Conseil des Droits
de l'Homme concernant la limitation de la liberté d'expression,
cette nouvelle formulation est pour le moins cocasse et témoigne,
si besoin était, du double langage de la diplomatie.
Cette victoire en trompe l'oil a également un prix : l'absence
de prise en compte des discriminations en raison de l'orientation
sexuelle, de la traite transsaharienne ou dans l'océan indien,
des discriminations que subissent les femmes, les discriminations
de caste etc.
En revanche sont mis à l'honneur les rapports du rapporteur spécial
sur les formes contemporaines de racisme qui a consacré ces sept
dernières années à traquer "l'islamophobie" et à condamner la
diffamation des religions.
De même le comité ad Hoc sur les normes complémentaires est félicité...
On se souvient que ce comité a entériné la révision terminologique
proposée par l'Organisation de la Conférence Islamique en 2001
qui considère que l'antisémitisme affecte majoritairement les
arabes en tant que sémites, et par extension tous les musulmans.
Rien n'est encore joué. Sans doute l'Europe aura-t-elle comme
en d'autres époques, à la fois le déshonneur et la guerre.
Malka Marcovich
18 mars 2009